Chroniques du confinement – J6 – Plague inc.

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Ça y est : l’Italie compte plus de décès que la Chine, pays d’origine de l’épidémie. La France ne compte pas en rester là – hélas.

Jeudi 19 Mars et en se levant on ne sait plus trop quel jour on est. Les réunions, les trajets, les réveils (j’vous mets tout ça dans le désordre), plus rien n’est là pour réguler nos existences – si ce n’est une discipline personnelle, qu’il faut retrouver et à laquelle bien peu d’entre nous sont habitués.

Aujourd’hui, j’ai ainsi fait l’effort de noter toutes mes idées pour alimenter ces chroniques. Passons vite fait sur l’actualité : la BCE débloque 750 milliards d’Euros pour empêcher que l’économie s’effondre, la France beaucoup aussi, les Etats-Unis se lancent dans un traitement qui n’est pas encore totalement validé par la communauté scientifique – mais bon, c’est Trump, il sait mieux que tout le monde, et les Bourses dévissent encore et toujours (malgré une petite reprise en fin de journée), suivant le prix en chute libre d’un pétrole surabondant vu que personne n’en consomme.

En un mot : youpi.

Au milieu de tout ça, survient du dérisoire, de l’imprévu, du triste, de l’enthousiasmant et de l’incompréhensible.

Sourire triste : ce collègue qui tentait sans conviction un “non mais l’attestation dérogatoire, elle permet un déménagement ?” Ben non, non, paye ton loyer des deux prochains mois…

Regrets : mon gamin et tous les autres qui préparaient un concours de trompette pour le 5 avril. Tu joueras à la maison et je te filmerai pour la postérité, va, petit bonhomme.

Énervement : ma pharmacienne – parce que bien sûr ici on se chope une otite pour rien faire comme tout le monde – m’explique que des petits malins organisent des arnaques à la vente de masque : paiement à la commande, livraison jamais. Elle a appelé, gratté un peu son contact, qui a fini par lui raccrocher au nez. Ces gens : que le cul leur pèle. Et ceux qui volent des CHU, empêchant les chirurgiens d’opérer : rendez un service à l’humanité, allez jouer dans un volcan. Merci.

Lassitude : quand la même pharmacienne m’apprend que des directives interdisent désormais la vente de plus de deux boîtes de doliprane au même client : des illuminés pensaient que ça guérissait du coronavirus (non, ça évite les poussées de fièvre sans baisser vos défenses immunitaires contrairement au Nurofen, Ibuprofen et autres anti-inflammatoires).

Grincement de dents : face à la recrudescence de cons, revoir sa liste de courses. Riz, maïs, farine, fruits, légumes, œufs, graines pour le potager, grillage pour le poulailler, poules, arbalètes, batte de baseball – note, prendre contact avec la société de chasse locale.

***

Parce que oui, la chasse ça m’énerve. Vraiment. Mais là, curieusement, appelez ça de la lâcheté, si vous voulez, j’ai plus envie de m’en faire des alliés, par pragmatisme et prévention, que de me les mettre à dos. Réagir en mode “moi si j’avais ton terrain, je mettrais un panneau interdiction de chasse dessus”, là tout de suite, ça me fait le même effet – toutes proportions gardées sur l’ampleur du drame – que si vous disiez à un réfugié syrien : “non mais moi, je serais resté me battre”. Tout ça parle de politique en fait, au sens de vie dans la cité. De résilience des communautés. Si notre société vacille mais reste debout après s’être bien tassé (écrasant ceux en dessous, comme d’habitude), il serait impensable de continuer comme avant, et à mon échelle locale, j’aimerais vraiment me lancer dans ce projet de transition. Et si elle fait plus que vaciller… que le dieu qui nous a abandonné jusque là se dise que bon p’t-être finalement ça vaudrait le coup de faire un truc chai pas genre vous voyez. Autre article, un jour, plus tard, plus fouillé.

***

Émerveillé : l’isolement en 2020 passe par FB et cette amie dentiste en région parisienne qui par son propre réseau professionnel nous explique que le praticien de notre village n’est pas là… parce qu’encore à l’Île Maurice (oui, il y a aussi une dent pétée chez nous, on s’amuse follement, vous dis-je). Donc souhaitons bien du courage à ce monsieur pour son retour en France. Et merci au réseau de tenir encore et aux techniciens de Facebook et Netflix (entre autres) de s’arracher pour que tout tienne. En même temps, qui a vraiment besoin de 4K ? Et sinon, Jeff Bezos, ok, tu aides à ce que tout tienne avec AWS, mais si tu pouvais arrêter d’être un connard fini, une fois encore (rassure-toi, tu n’es pas le seul que je maudis)…

Inquiet : ça va vraiment continuer à tenir si les US nous rejoignent dans le confinement ?

Partagé : “Pour bien vivre votre confinement, retrouvez les conseils de Thomas Pesquet”. Pardon, mais… ok ça parait être une très bonne idée, et le monsieur est suffisamment pédagogue pour prodiguer des conseils accessibles et applicables à tout à chacun. Mais bon, on parle d’un astronaute, quoi. Le corps de métier le plus sélectif de la planète (la plupart sont recrutés parmi les pilotes d’avion – de ligne, voire de chasse, et déjà, là…). Bref. C’est un peu comme si Albert Einstein était appelé à la rescousse pour faire votre devoir de seconde : l’impression que ça va être très compliqué et que seul une sommité mondiale pourra vous l’expliquer.

Déterminé : après un temps de flottement, je veux cocher plus de cases sur ma to do. Parce que cette transition, elle ne sera pas toute seule.

Allez, on remonte ses manches, we can do it, comme elles disent.

Toujours pas moi (running gag)

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