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Et comme d’habitude dĂ©sormais, si vous dĂ©filez cette page, vous verrez les microfictions s’afficher au fur et Ă mesure des jours de leur publication. C’est beau, la technologie, hein đ
Bonne lecture Ă toutes et Ă tous !

Le voyageur temporel essaya de se fondre dans le dĂ©cor. Sa couverture faillit s’effondrer Ă la suite d’une question qui lui avait paru anodine.
Ses interlocuteurs le regardĂšrent, outrĂ©s. La Robolution et la deuxiĂšme Convention de GenĂšve n’avaient pas Ă©tĂ© menĂ©es pour rien ! Quelle idĂ©e de poser des questions aussi saugrenues ? Comme si quiconque avait encore besoin de travailler !
Les ingĂ©nieurs gobelins en eurent assez. Leur espĂšce souffrait d’une rĂ©putation horrible, fondĂ©e uniquement sur les actions qu’ils menaient… sur les ordres de quelqu’un d’autre. Lorsqu’ils dĂ©cidĂšrent de mettre un terme Ă l’exploitation qu’ils subissaient – coupant le Seigneur des TĂ©nĂšbres de ses moyens de production – ils travaillĂšrent d’abord Ă redorer leur blason. En offrant le chemin de fer aux peuples libres, une grande partie du chemin Ă©tait faite.
Pour lutter contre la Ruche, il fallait comprendre comment elle pensait. L’individu n’y avait plus de place, seule le collectif importait.
Les scientifiques de l’armĂ©e humaine proposĂšrent une solution. Elle fut rejetĂ©e. Les dirigeants avaient travaillĂ© Ă diviser leurs subalternes depuis des siĂšcles. S’ils acceptaient de rĂ©introduire une forme d’union dans l’humanitĂ©, ils savaient qu’aprĂšs la Ruche, ils seraient les prochains sur la liste.
Domestique dévoué, il avait accompagné cette famille sur trois générations. Quand le dernier héritier se retrouva orphelin, ses parents assassinés sous ses yeux, le fidÚle serviteur se retrouva tuteur légal par de savantes dispositions testamentaires.
Il accompagna donc l’enfant dans son chemin de vengeance. Et prĂ©para la route, en consacrant la considĂ©rable fortune de la fondation Ă quelques programmes Ă©ducatifs, rĂ©fection d’habitats et cantines gratuites…
C’est toujours Ă moi de faire le sale boulot.
Parce que je suis le plus adaptĂ© Ă ce genre de tĂąches. Parce que soit disant je suis tout en bas de l’Ă©chelle. Comme quoi, tout le monde naĂźt libre et Ă©gal, mais certains plus que d’autres. Faudra pas s’Ă©tonner si un jour je me rĂ©volte.
â Il a un souci ?
â Je sais pas, la transmission passe mal, on dirait. Ah non c’est bon.S’activant enfin, le robot s’avança dans les dĂ©combres radioactifs
L’annonce affichait un banal “Savez-vous travailler sous pression ?”
Je me rendais Ă l’entretien, sans conviction.
Contre toute attente ils dĂ©cidaient de m’embaucher.
Et maintenant, me voila Ă piloter un bathyscaphe dans la fosse des Mariannes.
Avez-vous correctement hiĂ©rarchisĂ© vos besoins ? Pensez-vous “intĂ©rĂȘt personnel” ou “intĂ©rĂȘt collectif”, qui pourrait vous bĂ©nĂ©ficier Ă vous comme au plus grand nombre ? Votre proposition a-t-elle dĂ©jĂ Ă©tĂ© faite, pouvez-vous vous coordonner avec d’autres postulants ?
Ne gaspillez plus vos opportunitĂ©s et rejoignez notre cursus “Trois jours, trois vĆux”, pour demander au gĂ©nie de la lampe les vĆux les plus efficaces !
Quand la tasse de lait et les biscuits ne suffirent plus, les nĂ©gociations dĂ©butĂšrent. Les tractations prenaient du temps et piĂ©tinaient. Pourtant, j’y mettais de la bonne volontĂ©. Du miel dans le lait ? Des biscuits avec des pĂ©pites de chocolat ? Les rĂ©ponses ne me parvenaient que le lendemain matin. Mes petits grĂ©vistes Ă©taient invisibles et tenaient Ă le rester. Comme quoi, embaucher des lutins s’avĂšre parfois compliquĂ©…
Tous les matins, il se rendait Ă l’usine. Une production rĂ©guliĂšre, calibrĂ©e, constante.
Les mĂȘmes techniques, les mĂȘmes gestes, pour produire les mĂȘmes rĂ©sultats.
C’Ă©tait moins Ă©prouvant que d’autres postes, bien sĂ»r, il y avait un cĂŽtĂ© rĂ©pĂ©titif, tout de mĂȘme. Il quitterait bientĂŽt ce job. Dans sa tĂȘte l’Ă©chĂ©ance Ă©tait dĂ©jĂ fixĂ©e.
On ne peut pas passer sa vie à écrire tous les jours des fictions de 500 caractÚres.
“L’intensification des cadences entraĂźne Ă©videmment une augmentation de notre productivitĂ©, mais une diminution de nos ressources. Nous sommes en flux tendu constant. Il nous faut renouveler notre matiĂšre premiĂšre – cela passerait pas une Ă deux semaines de pause, le temps de regarnir les stocks.”
Les conclusions du rapport n’enthousiasmĂšrent pas l’Ă©tat-major.
Il fut dĂ©cider de doubler les doses de thĂ© servies Ă l’auteur.
â Voyez-vous, j’expĂ©rimente la pratique instrumentale Ă travers une approche naĂŻve et dĂ©complexĂ©e, pour retourner Ă l’essence-mĂȘme du son.
â Ouais, vous pouvez aussi arrĂȘter votre bullshit et avouer que vous ne savez pas jouer, hein.Elle effleura sa harpe, et le rĂąleur fut transformĂ©e en crapaud. Ne vexez pas une sorciĂšre dont la magie s’exprime Ă travers la musique la plus brute.
Les applications de suivi fleurissaient de partout. Les listes couvraient les murs grĂące Ă la rĂ©alitĂ© augmentĂ©e. Le cĂŽtĂ© pratique se mĂȘlait d’un harcĂšlement Ă peine dĂ©guisĂ©.
Assez logiquement, tous les utilisateurs de ces solutions cherchaient Ă vider leurs to-do, de crainte d’entendre la phrase tant redoutĂ©e.
“Il te reste une micro-tĂąche, lĂ .”
â Je me dĂ©finis comme un entrepreneur. Quelqu’un qui saisit une opportunitĂ© et la propose au marchĂ©.
â Vous avez ainsi envoyĂ© des factures aux GAFAM pour des prestations “d’envoi de facture”. Qu’ils ont rĂ©glĂ©. Un montant de plusieurs centaines de milliers de dollars.
â C’est exact.
â AcquittĂ©. Personne ne peut ĂȘtre coupable d’obtenir une rĂ©ponse sincĂšre Ă une question stupide, trancha le juge.
â Quelle question ? demanda l’avocat.
â “Ătes-vous incompĂ©tent ?”â Vous allez le faire ?
â Bien sĂ»r.
â Je pensais pas que ce serait si simple.
â Ăa ne le sera pas. Mais je me suis engagĂ© Ă accepter la mission que vous me confierez.
â Sauf que… il y a un point que nous n’avons pas abordĂ©. Comment allez-vous vous rĂ©munĂ©rer ?
â Ne vous en faites pas. Je vais me payer sur la bĂȘte, annonça-t-il dans un sourire tranquille.Plus que tout le reste, cette seule phrase me donna des frissons.
Ne m’en veuillez pas. Je ne suis qu’un rouage de cette grande machine, qui produit des inĂ©galitĂ©s comme celle que nous vivons en ce moment-mĂȘme. Enfin, vivons⊠On se comprend. Je ne suis qu’un prolĂ©taire. Je vends contre rĂ©munĂ©ration ma force de travail et mes compĂ©tences. Parmi lesquelles une absence. Aucune empathie. Ce discours pour vous rassurer ? Il parait que les clients apprĂ©cient. Cessez de bouger, maintenant. Si ma hache glisse sur le billotâŠ