Propos écrit ?

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Au fur et à mesure que j’augmente ma culture littéraire (ce sur quoi il reste énormément de travail), je constate que même les auteurs de fiction a priori sans rapport avec la société ont un propos. Leurs romans s’inscrivent dans une démarche raisonnée, véhiculant un message, ou tout du moins, prenant à parti le lecteur pour qu’il réfléchisse sur un ou des thèmes récurrents.

Je me pose naturellement la question de savoir quel est mon propos. Et pour le moment je dirai que je n’en ai aucun. Les nouvelles ont cet avantage de permettre une exploration stylistique et thématique, mais je suis probablement un peu jeune en tant qu’auteur pour suivre, consciemment du moins, une grande ligne directrice. Cela viendra sans doute avec l’expérience, quand j’arrêterai de me débattre avec l’histoire, sa structure, ses personnages, leurs dialogues… Je ne m’en inquiète d’ailleurs pas trop, quand je vois un Terry Pratchett reprendre son premier roman (Le Peuple du Tapis) pour en changer radicalement la fin et l’adapter à ce qu’il veut dire aujourd’hui – sans que cela ne sacrifie le récit à l’autel du sens.

On peut également se demander si ces auteurs ne réfléchissent et se prononcent – en toute bonne foi – sur leur œuvre qu’une fois confrontés à la notoriété et aux questions – pas forcément idiotes – des journalistes. Problème plaisant.

Cette interrogation rejoint par ailleurs un vieux débat que je ne manquais jamais de relancer lors de mes études universitaires. Quelqu’un disait : “L’auteur exprime dans ce texte telle idée.” Et je répondais : “Qu’en savons-nous ?” A partir de quand l’œuvre de fiction fait-elle sens ? A partir de sa création, ou à partir de son analyse critique ?

Je m’étais moi-même retrouvé dans cette situation en présentant une analyse de “Paris Texas”. Comme j’avais longtemps pratiqué ce genre d’argument, j’avais préparé la réponse et dégainé les entretiens où Sam Shepard et Wim Wenders, respectivement scénariste et réalisateur, expliquaient au journaliste que, oui, les éléments rouges de décors, de costumes, de lumières, d’accessoires, constituaient une représentation symbolique de la quête du personnage principal, et de l’évolution du personnage à travers cette quête.

Ce cas demeure cependant exceptionnel : personne n’a eu l’opportunité d’interroger les auteurs antiques ou classiques sur la volonté politique (au sens vie dans la cité) qui les animait. Je ne nie pas qu’une cohérence ressort de l’écriture de tel ou tel, mais je m’interroge sur l’origine de cette cohérence : l’écrivain ou le lecteur ?

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