Y a des jours comme ça (l’arbre qui cache le foret)

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A force, on va pouvoir en faire une BD. A la Lewis Trondheim, un peu comme Donjon, les Petits riens et les formidables aventures de Lapinot. Quelque chose de drôle, et de vaguement impuissant face au désespoir quotidien.

Après avoir crevé un pneu au Leroy-Merlin, après être allé acheter des mèches qui se tordent de rire au Leroy-Merlin, je suis retourné au Leroy-Merlin, me faire rembourser le coffret des mèches pourries en carton.

J’arrive au Service reprise, où Sylvie (j’ai eu le temps de lire son badge en long, en large, en diagonale et à l’envers) a parcouru longuement la liste de mes achats grâce à ma carte Leroy Merlin. Du coffret de mèches de perceuse, nulle trace. Elle essaye avec ma carte bleue. Comment fait-elle ça, mystère ? Nous sommes tous fichés et la caissière moyenne de grande surface peut traquer vos achats dans cette même grande surface. Ou pas que. En même temps, elle ne trouve pas plus l’achat en question.

Je commence à me dire que si déjà à la maison, nous n’avons pas retrouvé le ticket de caisse où figurait l’achat, c’est qu’en fait, nous n’avons pas acheté ce coffret de mèches. Par une bizarrerie de l’espace-temps inhérente à ma personne entre le 2 et le 3 mai 2008, ce coffret est passé en caisse sans déclencher de facturation, débit de carte bleue, paiement. Il est gratuit. Les mèches sont en papier-mâché, mais elle sont gratuites. Ça console.

Sylvie, les larmes aux yeux, m’avoue son impuissance, et m’oriente vers son collègue du rayon Foret. Celui-ci discute avec un sosie de Julie Ferrier, qui s’avère être une commerciale en perceuses, disqueuses et autre percuteurs. Elle jure comme un charretier avec une gouaille à faire pâlir André Pousse – Paix à son âme – mais ses deux plus gros arguments sont situés sous un tee-shirt turquoise, entre les clavicules et les côtes flottantes. Immanquables. Là encore, ça doit consoler M. Mandrin.

Instantanément, il prend l’objet du délit en main.

_ Forêt premier prix, vous l’avez utilisé pour percer quoi ?

_ Ben un mur. Probablement une brique.

_ Perceuse à percussion, hein ? C’est de la merde ces mèches. Venez que je vous montre. Ça c’est du foret.

_ Euh. 68mm de diamètre, c’est pas un peu gros pour une utilisation quotidienne ? Et puis je veux bien concevoir que 5 euros les 36 forets, c’est trop peu, mais 149 euros LE foret, c’est beaucoup, non ?

Le coffret moisi que j’avais pris à la base se trouvait en effet dans le mauvais rayon : je croyais acheter un coffret de la gamme “Bien mais pas top”, j’achetais un coffret “Sans rire, ça se vend, ça ?”. Après quelques explications sur mon besoin, M. Trepan me fournit le produit qu’il me faut, un coffret à 19,95.

Je sors du Leroy-Merlin. C’est fini, enfin. Mes 4 pneus sont neufs, ma voiture a passé le contrôle technique, j’ai mes vis et mon coffret de forets.

_ D’ailleurs pourquoi tu voulais un coffret de forêts, ta mère en a déjà un et elle nous le prête quand on veut, me demande innocemment la femme de ma vie.

_ Parce que pour accrocher les caissons dans la chambre du petit, il fallait une mèche de 10, pour mettre des vis suffisamment costauds, ce que ma mère n’a pas. Donc j’avais pris un coffret avec mèche de 10, comme ça on était équipé sans avoir à emprunter à droite et à gauche.

_ On doit lui emprunter la perceuse, de toute façons.

_ Combien de fois on a oublié les forets ?

_ C’est vrai.

Nous roulons. Je conduis, plein de l’assurance du jeune père de famille qui sait bricoler.

_ Et là dans ton nouveau coffret il y a des mèches de 10 ? me relance-t-elle soudain.

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