Que sont-ils deviendus ?

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Les réseaux sociaux fleurent autour de nous, sans qu’on comprenne bien à quoi ça sert. Facebook, viadeo, Copains d’avant, Meetic… euh non, pas Meetic, tous ces sites vous permettent d’entrer en relation avec des gens que vous connaissez.

Dit comme ça, ça paraît un peu redondant. Et ça le sera si comme nombre de personnes que je connais, ou comme moi, vous n’acceptez dans votre réseau que des gens que vous fréquentez. Vos amis sur tel site seront quasi-exclusivement vos amis et copains réels.

Copains d’avant sera essentiellement peuplé de copains de maintenant, et vous ignorez superbement les propositions douteuses d’alter-ego de Mickael Vendetta. La plateforme vous permettra cependant de ne pas oublier l’anniversaire de la copine de Fac que vous ne voyez plus que de loin en loin (cette idée de vivre à Nice, aussi) ou de recevoir des nouvelles narquoises de la tante partie sous les Tropiques (“trop chaud aujourd’hui, je retourne me faire masser”).

Et c’est là que les ennuis commenceront.

Vous chercherez tous les membres de votre famille pour leur suggérer d’être votre “ami”, ce qu’ils accepteront bien évidemment. Cependant vous n’aurez encore qu’une quinzaine de potes. Après avoir écumé les propositions offertes par les outils de mise en relation automatique entre amis d’amis, et avoir recruté dans votre bande toutes les personnes vues plus de deux fois dans des soirées d’anniversaire, vous culminerez avec peine autour de trente personnes…

Ne voulant pas de vous départir de votre éthique et de vos principes moraux qui vous enjoignent de n’accepter que des gens que vous connaissez vraiment, vous allez fouiller les tréfonds de votre mémoire pour en extraire des noms enfouis dans les méandres du passé.

Richard Lambert, Desmond Harris et Matthieu Plessis-Gagnière resurgiront dans votre vie, après une absence de près de vingt-cinq ans. Car après tout, vous ne les avez pas vus depuis la grande section de maternelle, quand vous vous disputiez les faveurs de Pascale Delavigne en faisant les caïds en fumant des cigarettes prétendument au chocolat sous le préau de la cour de récré. Cette époque est tellement révolue que la cour en question, tout comme son préau et l’école qui vous avait réunis est depuis dix ans détruite et transformée en logements Bouygues ™.

Qu’à cela ne tienne, vous pourrez en quelques clics, leur envoyer un message porteur de nostalgie et d’espoir, une simple phrase que vous ne pensiez pas redire passés vos six ans : “Dis, tu veux bien être mon ami ?”

Comme on dit, “et là, c’est le drame”.
Richard vous demandera : “t’es qui ?”.
Pascale, la belle Pascale, vous enverra un message acceptant votre amitié à bras ouverts, elle qui s’ennuie tant derrière son ordinateur de femme au foyer depuis la naissance de ses jumelles – heureusement que leurs trois frères vont à l’école maintenant.

Et plus rien. Le silence électronique. Desmond, votre allié indéfectible au foot – lui en attaque, vous aux cages – , et Matthieu, avec qui vous aviez fait l’exposé sur le Père Noël, deux personnes avec qui vous aviez tissés des liens forts, que vous pensiez indestructibles, ces deux être vous ignoreront superbement. La société de consommation aura gagné une bataille de plus, ruinant l’innocence de l’enfance dans l’individualisme forcené.

Un mythe s’effondrera et “Copains d’avant” deviendra “Connards de maintenant”.

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