Je bouquine (12)

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Comme annoncé précédemment, j’ai entrepris de vider ma bibliothèque.

Rassurez-vous, je ne compte pas me départir de l’intégralité des ouvrages précieusement glanés au fil des ans. Il s’agirait plutôt de rattraper l’abyssal retard que j’ai pris par rapport à mes acquisitions, et de dégager ce qui n’aurait pas l’heur de me plaire.

Autant dire d’ores et déjà que le programme s’annonce chargé.

On commence donc par le Trône de fer 8 – Les noces pourpres, dont je parlais déjà il y a un mois. Je vais pouvoir rendre le bouquin à son légitime propriétaire, en ayant enfin compris pourquoi je n’aime pas cette série (qui compte encore 5 tomes parus en français, si je ne me trompe). Outre que chaque ouvrage représente un gentil jeu de massacre (qui donc va mourir dans ce tome ?), que l’action pour ainsi dire inexistante peut se résumer aux voyages de certains personnages (généralement pour tomber dans des guet-apens où ils se feront défigurer, estropier ou tout simplement tuer – et s’ils en réchappent, soyez sûrs que leur famille, elle, mourra dans d’atroces souffrances), et que certains personnages sont d’une caricature à pleurer, la série manque de quelque chose qui représente pour moi l’intérêt principal de la lecture : l’évasion.
L’univers présenté est dur, impitoyable, noir, en proie à la guerre, aux coups bas politiques, aux trahisons, à la bassesse et à la veulerie humaine. Les personnages auxquels on s’attache meurent tôt ou tard, et là où l’intrigue pourrait devenir intéressante (manœuvres politiques, par exemple), elle se dilue dans les atermoiements de tel, les amours contrariés de tel autre, la bataille qui tourne au massacre… bref, pour moi, ça ne sait pas où se placer.
En plus l’écriture m’énerve par deux aspects : des tournures pseudo-médiévale qui viennent alourdir le texte, et un recours au cliffhanger au détour d’un chapitre sur deux comme on n’en voit plus dans les séries américaines… Il paraît qu’une adaptation télé est en cours, ça sera sans doute plus propice au récit, encore que ça risque d’être plus lent que les plus lents épisodes de Lost (excellente série par ailleurs, dont la cinquième saison s’est finie à la mi-mai aux US).

Le pire dans tout ça, c’est que je lirai certainement la suite, afin de voir ce qu’il advient des survivants. Mais pas immédiatement, comme expliqué plus haut, j’ai trop de choses sur mes étagères avant d’emprunter quoi que ce soit.

L'étrange histoire de Benjamin Button On commence donc la grande écluse avec un petit Folio à 2€, comportant deux nouvelles de Francis Scott Fitzgerald, dont la maintenant fameuse “Etrange histoire de Benjamin Button”. Aucun suspense dans cette histoire dont le film est je pense librement inspiré, puisque la promo faisait grandement étalage de l’histoire d’amour entre Benjamin Button et une femme qui n’apparait pas dans la nouvelle, dont l’intérêt, du coup, réside ailleurs, comme dans toute fable. On pourra y voir une réflexion sur le sens de la vie, sur la marginalité, sur la volonté de se distinguer ou la perception de la différence. Difficile cependant de ne pas voir dans cette nouvelle une ré-interprétation du propre parcours de l’auteur, qui toute sa vie durant ne put se faire accepter par la haute société à laquelle il avait accédé grâce à son succès, avant de sombrer dans l’oubli et l’anonymat. Il faudra attendre les adaptations de ses écrits au grand écran pour lui donner un second souffle (pas toujours fidèle semble-t-il). Intéressant texte, donc.

On notera au passage l’amusante couverture dont j’ai compris le sens après avoir vu, dans Metropolis, sur Arte, un sujet sur le choix des illustrations, bien souvent porteuses d’un double sens. Je vous laisse apprécier celui de “… Benjamin Button”.

La seconde nouvelle du Folio, “La lie du bonheur”, est moins marquante, quoique tout aussi fataliste : le bonheur ne dure qu’un temps trop court (si possible moins d’un an pour la vertu de l’exemple), et se solde par le sacrifice, la solitude et la mort. Au mieux trouve-t-on un refuge dans l’amitié auprès d’un autre tout aussi meurtri. Youpi tralala…

La Horde de Contrevent
Enchaînons avec un gros morceau : La Horde de Contrevent, d’Alain Damasio. Passées les dédicaces, l’ouvrage débute par une liste de 23 noms précédés de symboles : on comprend très rapidement, en voyant les symboles démarrer les paragraphes qui suivent, que le récit sera narré tour à tour du point de vue des différents personnages. Contrairement au Trône de fer où les événements sont perçus par un personnage durant tout un chapitre, quelques lignes suffisent ici pour faire circuler dans ce Pack. Cette troupe a pour mission, comme 33 autres avant elle, de remonter à la source du Vent qui ravage périodiquement le pays dans une fureur apocalyptique. Enjeu de taille, qu’un artifice rend encore plus pesant dès les premières pages, le récit commençant page… 700, pour avancer, ou plus exactement, remonter dans un compte à rebours captivant.

L’univers est d’une originalité et une cohérence assez impressionnantes : tout, du langage aux constructions en passant par la technologie, est forgé par le vent. On trouve des airpailleurs qui capturent les oiseaux plutôt que les chasser, les armes sont des boomerangs ou des freesbees mortels, les bijoux des babéoles tournoyantes dans les cheveux, et ainsi de suite… Cet univers est distillé, insufflé devrais-je dire, progressivement, au fil d’une action véritablement intense. Grand point positif dans cette époque où le feuilleton et les sagas sur 15 tomes sont à la mode, il n’y a qu’un tome pour contenir toute l’histoire. Bref, du tout bon, à deux petits regrets près : l’écriture est parfois un peu prétentieuse (trait qui se ressent parait-il bien plus dans les ouvrages suivants de l’auteur), mais passe, et certains épisodes marquants se voient venir (à la page précédente, rien de dramatique, donc).

J’emploie le terme d’épisode à dessein, puisque La Horde… s’inscrit clairement dans cette tendance de revendication (consciente ou non) de l’influence des séries télé américaines. N’hésitez pas à consulter le dossier de telerama.fr sur le sujet, ça se lit vite et bien – sans apprendre grand chose cependant au delà de jeter un regard nouveau sur vos lectures.

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