Je bouquine mais pas que (14)

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Comment peut-on participer au NaNoWriMo et encore trouver le temps de lire ? Simple ! Il suffit de partir en vacances à l’autre bout du monde : neuf heures (aller) d’avion permettent de lire un bon bouquin d’une traite. Dont acte.

Les deux semaines que j’ai passées sous l’équateur loin de tout ordinateur m’ont permis de lire, tranquillement installé en bord de plage. J’avais évidemment pris plusieurs bouquins, en m’arrangeant pour qu’ils me durent tout le voyage.

Et effectivement, j’ai mis deux semaines (quasiment) pour venir à bout de Deadly Rich de Edward Steward. La raison : je lis beaucoup moins vite en anglais qu’en français. Intrigue sympathique et bien alambiquée, du genre “faisceau d’histoires qui vont converger – comme tout bon faisceau qui se respecte”. Curieusement, je n’ai pas vu grand chose de traduit de cet auteur en français. Comme quoi les best-sellers ne traversent pas forcément l’Atlantique. Au niveau du style, c’est assez direct, bien imagé, l’intrigue est riche au point qu’on sent les prémices des séries modernes américaines (le bouquin date de 1991) et le tout privilégie l’action (aucune scène de transition, tout est en ellipse pour directement passer d’une action à une autre). Un scénario fouillé, donc, mais un style un peu mécanique.

J’ai enchaîné avec Anansi Boys, que j’ai dévoré en quelques heures (commencé le vendredi soir, fini le samedi soir). Neil Gaiman (American Gods, Coraline, Stardust) est tout simplement génial. Anansi Boys nous fait revenir dans l’univers d’American Gods, mais là où ce dernier jouait la carte du roman sérieux pouvant en rebuter certains, Anansi Boys table sur la dérision. Le bouquin est bien plus dans la veine de De bons présages, co-écrit avec Terry Pratchett. Peut-être pas son meilleur roman d’un point de vue littéraire mais un vrai plaisir de lecture parsemé de fous rires et de scènes jubilatoires.

Heureusement que j’avais donc un troisième bouquin pour m’occuper durant les neuf heures du vol de retour. Ambiance bien plus lugubre avec le Tokyo de Mo Hayder qui met en scène une jeune étudiante quelque peu cintrée enquêtant sur les atrocités commises par les Japonais lors du massacre de Nankin en 1937. C’est indiscutablement bien écrit, l’histoire est entraînante et ses personnages haut en couleur. Cependant vous aurez vu venir le “mais”, qui se résume à la noirceur du propos. Le bouquin baigne dans la noirceur des souvenirs les plus horribles, dans le désespoir le plus complet et l’abomination la plus humaine. J’étais content de finir ma lecture pour regarder Harry Potter et le Prince de Sang-Mélé diffusé sur les écrans de l’avion. Pour finir sur Tokyo : un bon livre, mais trop déprimant pour qu’il reste chez moi. Je ne peux décemment pas prêter ça à quelqu’un autour de moi sans lui confier avec une prescription de Lexomyl.

Repartons dans la fiction pure et dure (sans référence historique à se tirer une balle) avec le très surprenant Lights, Camera, Revolution… de Charlotte Bousquet. Rappelons que ce roman de commande se situe dans l’univers d’anticipation du jeu de rôle COPS. Le bouquin devait promouvoir le jeu et donner aux joueurs un aperçu de ce qui les attendait. En quoi tout cela est-il surprenant ? Dans la cohérence de l’univers tout d’abord : pas besoin d’avoir parcouru tous les suppléments du jeu pour apprécier et comprendre la trame de fond, parfaitement rendue. Tout le début du livre est bien mené, agréable à lire et assez haletant. Malheureusement, la fin s’essouffle quelque peu et m’a donné l’impression que la deadline du bouclage approchait à trop grands pas. Il faudra que je demande à Charlotte, que j’ai le plaisir de connaître (oui je sais je me la pète grave).

Toujours dans le but de vider ma bibliothèque de ses ouvrages, j’ai fait un sort aux 1280 âmes de Jean-Bernard Pouy. L’histoire est assez simple : un libraire à la culture encyclopédique est chargé d’enquêter sur la disparition de personnages de roman. En effet, le roman Pop 1280 de Jim Thompson s’est vu traduit en français par 1275 âmes : qui sont les 5 manquants ? Notre héros remonte donc la piste des cinq disparus dans un voyage un peu foutraque qui l’emmène aux États-Unis. Sympathique mais un peu trop riche de culture : au bout d’un moment ça fait vraiment étalage et on n’hésite pas à sauter quelques passages. Sur un petit opuscule d’à peine 150 petites pages, ça fait mal. Cela dit, modérons : ça n’arrive pas trop souvent.

On termine le mois avec du Stephen King et le premier tome / prologue du cycle de la Tour Sombre : le Pistolero. C’est bien écrit, encore que j’ai trouvé quelques tournures un peu vieillottes – mais je me méfie, la traduction n’y est peut-être pas étrangère. L’action est très poussive, mais l’ambiance est telle qu’on a envie de lire la suite. A suivre, donc.

Je signalais dans le titre que je bouquinais, mais pas que. Cure – toute limitée – de ciné en ce moment. Avec des films récents, n’est-ce pas : Shaun of the dead, véritable plaisir coupable et comédie loufoque et romantique (avec des zombies donc) ; There will be blood (incroyable numéros d’acteur de Paul Dano et Daniel Day Lewis, remarquable pour la justesse alors qu’ils pourraient sombrer dans la performance, et surtout Eternal Sunshine of the Spotless mind. Si vous voulez voir un film créatif, visuellement riche sans être tape à l’œil, avec d’excellents acteurs, ne cherchez pas, vous avez de quoi vous faire plaisir durant une heure et demie.

Ce film réussit par ailleurs le bel exploit de rendre de nouveau audible la scie qu’est devenue Everybody gotta learn sometimes de Korgis grâce à une superbe ré-interprétation de Beck. Merci M. Gondry.

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