Le syndrome Pulp Fiction

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Depuis la palme d’or remportée par Quentin Tarentino en 1994 avec Pulp Fiction, il semblerait que la narration chronologique soit devenue furieusement démodée…

Paradoxe temporelSouvenez-vous, ça commençait dans un restaurant, et ça y finissait aussi, mais entre temps, on avait fait quelques bonds temporels qu’on n’avait pas vu depuis que DeLorean était au garage.

Ce syndrome de narration déstructurée (la partie 2 puis 5 puis 1 puis 8 puis 3 puis… etc) semble avoir plu à beaucoup de monde. Et comme souvent, ce qui se popularise trop tend à être dévoyé, vidé de sa substance et complètement perverti. Comprendre : “n’importe quel imbécile fait n’importe quoi avec”. Attention, hein, je n’ai rien contre la popularisation des techniques les plus pointues de narration ou d’autre chose. Par contre, je persiste à croire que l’improvisation ne se tente qu’après une maîtrise parfaite des gammes de base et je rechigne plus à la banalisation, voire je mords franchement quand on utilise une technique à mauvais escient, ou pire, par je m’en foutisme – la raison la plus commune, à mon humble avis.

Si vous souhaitez suivre votre série préférée dans la légalité, donc sur une télévision émettant sur votre territoire national, vous devrez affronter :

  • la VF, parfois – pas toujours – calamiteuse ;
  • des délais d’attente monstrueux au regard de la chaîne de production actuelle (plus d’un an, quand vous pourrez les acheter en VO sous-titré via des DVDs, c’est long, pour traduire, doubler et diffuser une saison de Castle…) ;
  • et surtout un ordre des plus aléatoires.

Le mode “shuffle” de diffusion s’est un peu calmé récemment sur les séries phares : les dernières saisons en date sont toujours diffusées à raison d’un épisode par soir, et d’une semaine sur l’autre, l’histoire se suit chronologiquement – parce qu’on nous passe l’épisode 1, puis le 2, puis le 3.

Par contre après, ça se complique. Si à 20h30, vous avez droit au plus récent épisode de la saison en cours (aaaaah 🙂 ), une fois celui-ci fini, on vous rediffuse un épisode des saisons précédentes, en fonction de l’audience qu’ils ont rencontrée (ooooooh 🙁 )…

Donc vous avez des soirées qui ressemblent à :

  • House Saison 7, épisode 3
  • House Saison 4, épisode 17
  • House Saison 6, épisode 2

La cohérence narrative ? Mais qui s’en soucie *coup de pelle dans les dents d’un concepteur de grille* ? Et surtout, pourquoi offrir quelque chose qui inciterait les gens à ne pas télécharger ? Comme, je sais pas, moi, trois épisodes issus de trois séries différentes ? Il parait qu’ils font comme ça aux US et que ça marche. Ah oui, ça oblige à avoir plus de programmes “neufs”. Mais mais mais attendez ! On ne pourrait pas envisager de faire ça ?

  • House Saison 7, épisode 3 (le dernier en date de la dernière saison en date)
  • Lost, Saison 3, épisode 2 (le dernier en date de la rediff en cours)
  • 24 saison 3 épisode 5 (cf ligne précédente)

Et comme ça on rentabiliserait les rediffusions de manière cohérente, en créant des tranches horaires de rendez-vous ? Je sais, ça parait tellement dingue…

Là où je suis particulièrement agacé, en revanche, c’est dans les dessins animés pour enfants.

Quand j’étais minot, les bonbecs fabuleux qu’on piquait chez l’ marchand, Carensac et Minto, caramel à un franc, on les regardait devant le Club Dorothée. Vous savez, ce programme qui nous abêtissait avec de la violence japonaise. Peut-être, sans doute, était-ce violent (mais pas pour la tranche d’âge auquel ça s’adressait, au final). Mais en attendant, les épisodes de Dragon Ball (Z), des Chevaliers du Zodiaque et autres Olive et Tom (oui que des séries “pour garçons”, j’aimais pas ni Lamu ni Gigi, désolé), ben ces séries étaient diffusées dans l’ordre.

Aujourd’hui, je défie quiconque de regarder Ninjago ou Scoobidoo Mystères et Associés, deux séries de dessins-animés feuilletonantes de qualité, sur une chaîne de télé ET dans l’ordre. C’est simple, j’ai vu avec mon fils aîné, à moins de sept jours d’intervalles, le même épisode de Ninjago. Des éducateurs et autres pédo-psychiatres viendront m’expliquer qu’il faut sélectionner les programmes, choisir ceux qui ont une qualité narrative : ces programmes en ont. Plein. Vraiment. Mais elles sont bousillées par le diffuseur (et pourtant France 3, j’ai toutes les raisons de t’aimer d’amour et de te pardonner beaucoup). La progression des personnage, leur évolution face aux difficultés qu’ils rencontrent, la construction de leur personnalité à laquelle les enfants vont s’identifier ? Aux orties. Des envies de meurtre je vous dis.

Alors option 1 : je télécharge comme un porc, option 2 : j’achète le DVD. Ben perso, je paye déjà ma redevance, et je n’ai pas pour habitude de payer encore quand un service est défectueux. Je considérerai donc que ma redevance sert à France Culture, ses podcasts et aux services de découverte audiovisuelle de France Télévision.

Et vous, comment résolvez-vous le problème ?

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