Une vieille antienne

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Je vais me répéter, mais je suppose que c’est comme arrêter de fumer… on en parle, on le fait, on échoue, on recommence et un jour on y arrive.

Je n’ai cependant jamais fumé. Par contre, j’ai toujours aimé m’entourer de choses. Collectionner. Accumuler. Avoir. Pas pour paraître, je crois pouvoir dire assez honnêtement que je n’ai jamais cherché à impressionner qui que ce soit avec ce que je possède, mais pour pouvoir.

Ces choses que j’accumule, en un tsundoku qui dépasse largement celui des livres, me pose depuis quelques années des problèmes de place et de temps, et d’argent.

De place, car accumuler des possibles bien matériels, qu’il faut ranger quand ils ne servent pas, ou qu’ils n’ont pas encore servi, et bien, ça remplit les étagères. J’ai deux bibliothèques pleines de livres, BDs, DVDs. Et ce ne sont pas de petites bibliothèques. Loin de là. La plus petite est rempli d’une centaine de livres encore non-lus.

De temps, évidemment, car lire, visionner, jouer à ces jeux de plateau ou vidéo, prend du temps. Un temps de loisir, certes, un temps plaisant, mais qui me laisse parfois comme l’âne de Buridan. Je ne sais plus où donner de la tête… et j’en viens à fuir, en quelque sorte, dans un nouvel achat. Spirale infernale.

Je ne m’étends pas sur l’argent : tout le monde a compris à ce stade le syndrome panier percé qui me frappe. Rassurez-vous, je ne suis pour autant pas dans le besoin. Problèmes de riches que tout cela…

Sauf que pas seulement. A ces considérations personnelles viennent s’ajouter un problème plus large, celui de la consommation en général. Du produit culturel. De la société de divertissement, qui est devenue depuis longtemps une société de diversion, au sens le plus stratégique du terme, faire diversion pour éviter de remarquer les vrais problèmes. Cette société de diversion, selon moi, s’effondre, lentement, trop lentement. Toujours le pain et les jeux pour détourner l’énergie et l’insatisfaction.

Les uns restent isolés dans leurs tours d’ivoire et continuent à nous “gouverner” en passant les mesures qui n’arrangent qu’eux, en niant – ou plus certainement, en n’étant même pas informés des évolutions d’une société qu’ils n’ont jamais vraiment connue, les autres sont encore pour beaucoup leurrés par des miroirs aux alouettes, de gloire, de célébrité de télé-réalité, rassurés par une médiocrité présentée sur un plateau de télé plutôt que d’être inspirés et entraînés vers le haut. Je ne gouverne pas, et je ne suis pas vraiment charmé par ces sirènes télévisuelles. Vaux-je mieux ? Pas dit : il me manque le courage d’abandonner mon confort pour militer véritablement, au quotidien, dans une association, une ONG. Qui a envie que ça change ? Tout le monde ! Qui a envie de changer ? Silence assourdissant.

Pourtant… pourtant je regarde de manière lucide les avancées minuscules que j’ai réalisées. La taille de la poubelle hors recyclable ou compostable qui a diminuée. Les graines que j’ai récoltées moi-même pour les faire pousser. L’usage des transports en commun. Le recours à l’occasion. J’en parle autour de moi. Je montre, à mon échelle individuelle, que c’est possible. Puis je regarde les dérives des grands groupes et je soupire. Alors quoi ? Que puis-je faire de plus ?

Poser une bombe ? Bof. Ça fait beaucoup de bruit, ça salit et ça sent mauvais.

Partir avec ma tente et un couteau pour chasser le sanglier ? J’essaye de manger moins de viande, ça me parait contre-productif.

Verrouiller mon portefeuille ? Ça me parait aujourd’hui la méthode la plus simple, la plus satisfaisante, et la plus efficace. Nos gouvernants, qu’ils soient publics ou privés, ne réagissent qu’en termes économiques. Très bien. J’ai toujours pensé qu’il fallait abattre le système de l’intérieur – cela en fait hurler certains autour de moi, chacun ces méthodes, je ne crois pas en une solution unique, j’en propose juste une parmi tant d’autres.

J’aimerai, à partir de ce jour, me dire que j’ai constitué des réserves culturelles comme d’autres stockent du riz et des pâtes en temps de guerre. J’ai de quoi tenir longtemps, sans m’ennuyer, probablement même en m’enrichissant. J’ai de nombreux amis dont les bibliothèques me font rêver. Et je veux croire que cette communauté peut s’étendre à d’autres biens, d’autres services.

Je vais donc tâcher de ne plus écouter les sirènes du marketing. Vider les étagères. Ne passer que par l’occasion, le fait maison, le local. Profiter de ce que j’ai. Produire et apprécier plutôt que consommer. Ce ne sera pas simple, pas instantané, mais je vais m’y atteler. Je vous raconterai, au fur et à mesure.

Ça commence maintenant.

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