Remettre sa procrastination à plus tard : pourquoi, comment ?

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Evidemment, ce titre est une boutade.

Evidemment vous trouverez plein de sites, livres, articles qui parleront de ce sujet et vous donneront des conseils.

J’ambitionne juste de partager mon expérience personnelle, dans la compréhension et la lutte contre la procrastination, et d’échanger impressions et conseils qui nous profiteront je l’espère à tous.

La procrastination, c’est quoi ?

Procrastiner, c’est éviter de réaliser une tâche qui doit être faite. Remettre à plus tard. “Procrastiner” résume en un mot l’exact contraire du fameux adage “Ne pas remettre à plus tard ce qu’on peut faire tout de suite.”

Oui, vous êtes nombreux à connaître le sens du terme, et je vais sans doute revenir sur des notions que vous connaissez déjà dans cet article. Pour ceux qui découvrent, ces définitions faciliteront la lecture de la suite. Par ailleurs, cet article se voulant un modeste retour d’expérience, je vous ferai part des différentes lectures et éléments qui ont pu améliorer ma compréhension de ce phénomène et donc appris à mieux vivre avec (ou sans, ça dépend du point de vue 😉 ).

Pourquoi la procrastination peut-elle être un problème ?

Malgré son côté provocateur, cette question est fondée. Il existe différents types de procrastination.

La plus commune est celle liée à une échéance. Vous allez remettre à “plus tard” ce qui doit être réalisé pour une date donnée. Généralement, vous avez ce comportement parce que vous savez, parfois inconsciemment, que vous vous mettrez à travailler à temps pour réaliser la tâche et la livrer à la date donnée, au niveau de qualité attendu. C’est une remise à plus tard généralement assez bien vécue.

La plus sournoise est en revanche exempte d’échéance. C’est une remise à plus tard… vraiment plus tard. Vous ne vous lancez pas dans ce truc qui vous taraude précisément parce qu’il vous taraude, aussi bien dans sa non-réalisation (je ne le fais pas, donc je me sens coupable) mais aussi parce que le résultat vous effraie, d’une manière ou d’une autre (je ne le fais pas parce que je vais devoir m’exposer – au jugement des autres, au mien propre…). Rentrent dans cette catégorie les éléments les plus importants de votre vie, vos projets, vos rêves.

Tim Urban, animateur du site de vulgarisation Wait but what, l’explique très bien ici dans son Ted Talk (12 mn, en anglais sous-titrés).

La procrastination, ce n’est pas sale

Comme l’explique Tim Urban, la procrastination “à échéance” est un mode de fonctionnement. Le “panic monster” permet de faire ce qu’il faut, à temps. Mais la procrastination sans échéance est génératrice d’angoisse. Parce que certaines choses nous font peur. La peur qui paralyse n’est pas constructive, la peur qui alerte et nous incite à nous préparer peut être retournée à notre avantage. Il peut donc y avoir des avantages à la procrastination, comme l’a compris et l’expose John Perry, un philosophe états-uniens. Je vous invite à parcourir la page où vous amène le lien précédent, histoire de découvrir en une demi-heure les notions qui se cachent derrière la procrastination structurée.

Pour résumer, remettre à plus tard peut se traduire de deux façons : vous remettez à plus tard en perdant du temps (avachi devant la télé à zapper, rafraichir éternellement votre fil twitter ou votre page FB…) ou en faisant autre chose, de moins important que ce qui est mis en attente.

Exemple : vous faites votre vaisselle plutôt que de remplir votre feuille d’impôts à déclarer le mois prochain. La feuille d’impôts est rébartitive, l’échance est lointaine et en plus la seule satisfaction sera d’éviter les 10% de majoration, il faudra payer quoi qu’il advienne. Bof bof. La vaisselle, elle, encombre votre évier, là, tout de suite, elle est rébarbative mais la nettoyer fournira une récompense immédiate (bonjour l’instant reward monkey).re

Vous voyez où je veux en venir (grâce à l’éclairage de John Perry) ? Dans votre liste de choses à réaliser, plutôt que de tout rejeter, vous pouvez déjà attaquer les tâches avec le meilleur “retour sur investissement”, meilleur au sens “peu d’investissement pour une récompense rapide”. A force d’évacuer immédiatement ces petites tâches, il ne vous restera que les grosses épreuves à affronter (et probablement dans des délais où le panic monster vous forcera à vous bouger – le retour de la feuille d’impôts).

Mon expérience : le cercle vertueux et comment l’entretenir…

En partant du principe que toute procrastination est un problème, les différentes catégorisations énoncées ci-avant (procrastination “feignasse”, procrastination structurée, procrastination sans échéance) permettent de mettre en place des outils.

La procrastination feignasse, hélas, ne peut pas être évitée autrement que par de la motivation. Ce n’est pas simple et grandement comparable au sport – ou pour la comparer à une autre “mauvaise habitude”, à l’envie de fumer. Aujourd’hui n’importe qui sait qu’il est mauvais pour la santé de continuer à fumer. Cela ne suffit hélas pas à arrêter. Il va souvent falloir s’y reprendre à plusieurs fois pour arrêter effectivement. Et a priori – toutes les études le montrent – chaque nouvelle tentative sera plus efficace (en durée d’abstinence de tabac) que la précédente.

Arrêter de procrastiner ne se fera pas autrement. Vous allez vous retrousser les manches une journée… et vous remettre à glander une semaine. Et un jour ça vous reprendra… deux jours de frénésie… avant une nouvelle période de creux. Vous voyez le topo.

Comment entretenir la motivation ? Chacun ses méthodes, chacun ses béquilles. Je vais maintenant rentrer dans ce que j’ai expérimenté, moi, ce qui a marché – ou pas – pour moi, et ce qui fonctionne encore aujourd’hui.

  • La grande liste exhaustive : échec absolu. Lister tout ce que je dois et veux faire était très ambitieux, très gratifiant au moment de la liste, mais rapidement décevant : il est impossible de tout rayer quand vous mettez côte à côte la vaisselle, la reprise du sport et cette traversée des Etats-Unis. J’ai très rapidement cessé de regarder cette liste, qui est morte dans un coin de mon sac à prendre la poussière. J’ai trouvé une solution au détour d’un tweet : “Fixez-vous trois objectifs : “vie perso, travail, santé, sur 1 / 5 / 10 ans (donc 9 objectifs au total). A faire 4 fois par an”. De là j’ai réparti ma grande liste exhaustive sur une mind map qui regroupe mes “grands objectifs”, et je la consulte souvent pour ne pas perdre de vue ce qui importe vraiment ;
  • La To-Do List Quotidienne : sur un petit carnet (taille A6) je fais chaque jour deux colonnes sur une page, une pour le boulot, une pour le perso. Je liste dans chaque colonne ce que je dois faire DANS LA JOURNEE. Ce que je n’ai pas pu faire est automatiquement recopié sur la page suivante, avec un batonnet à côté. J’ai donc intérêt à m’attaquer aux taches avec le plus de batonnets, parce qu’elles traînent depuis quelques jours. Ce sont des repères visuels qui fonctionnent bien et qui sont à la fois culpabilisants (les bâtonnets), raisonnables (c’est vite plein, une demi-A6), et gratifiants : aujourd’hui j’ai fait tout ça !
  • La Done List Quotidienne : les To Do List, c’est bien, mais il y a quelque chose qu’elles ne gèrent pas, c’est l’imprévu. Devoir traiter ce mail en urgence, gérer ce pneu crevé, ou n’importe quoi d’autre que vous n’aviez pas prévu de faire, ça prend du temps qui vous empêche de barrer des choses que vous aviez fermement décidé de faire. Je note sur ma “Done list” tout, absolument tout ce que j’ai fait dans la journée. Vous pouvez trouver cela scolaire, mais je trouve très valorisant de voir que j’ai AUSSI fait tout ça. Du coup ça m’encourage à continuer.

Mon expérience aussi : … la fuite en avant

Selon votre niveau de procrastination, vous accumulez peut-être un retard de boulot, de traitement de paperasse, de ménage, ou dans vos projets perso (voire dans les quatre domaines et d’autres encore !). Quand vous allez attaquer cette montagne, n’oubliez pas le principe du Kaizen : vous rechercez un processus d’amélioration continue basé sur des actions concrètes, simples et peu onéreuses. J’insiste sur le “concrètes, simples et peu onéreuses”. Vous allez commencer par des petites choses faciles, parce qu’il faut bien commencer quelque part. Et au fur et à mesure qu’elles vont être évacuées, même si d’autres les remplacent (ces assiettes sales qui se régénèrent sans cesse !), vous allez devoir attaquer des choses plus complexes, plus ardues.

Et c’est bien. Mais pourquoi parlé-je de fuite en avant, alors ? Parce qu’il existe un risque : celui de persister dans la procrastination “sans échéance”. Je vous parle encore une fois de mon expérience : celui du rythme trouvé, qui apporte la satisfaction quotidienne de faire plein de choses de ses journées, de ne plus laisser traîner son administratif, d’avoir une maison bien rangée et pourtant de continuer à avoir une vie sociale (d’autant plus sereine que tous les “trucs à faire” boulets sont gérés vite fait bien fait). Oui mais… à repousser encore cette heure de sport, de musique ou d’écriture quotidienne, que seule l’envie m’impose, je continue à me voiler la face avec ma belle gestion et mes listes. J’en suis là de ce travail de motivation : j’ai conscience d’avoir progressé dans ma gestion administrative du quotidien (avec une bonne part d’insatisfaction encore à la vue de certaines piles de papier qui traînent encore, ou de menus travaux à achever chez moi) et plus encore de m’enfermer dans une spirale où l’administratif me prend tout mon temps “créatif”. Il faut donc que je me corrige pour caser dans ma journée ces moments de créativité qui me tiennent à coeur. Mais c’est en cours.

J’espère que ce retour d’expérience vous inspirera pour que vous trouviez des solutions adaptées à votre caractère. D’ailleurs, n’hésitez pas à partager dans les commentaires vos trucs et astuces pour “faire le boulot” !

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