La Troupe, nouvelle édition

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Aujourd’hui parait une nouvelle version de La Troupe, mon premier roman. Des corrections mineures pour correspondre davantage à mes convictions.

Alors que j’ai publié mon deuxième roman courant novembre 2017 et que je bosse sur mon prochain roman, je voulais vous signaler une nouvelle édition de La Troupe, mon premier ouvrage paru en 2016. J’ai eu la chance de rencontrer un public passionné et enthousiaste pour cette première tentative, alors que je mourrais de trouille. Vos retours m’ont été précieux à plus d’un titre.

Outre les corrections d’erreurs typographiques ou d’orthographe qui subsistaient malgré de nombreuses relectures, les retours parmi les plus intéressants l’ont été sur la forme littéraire de ce roman – elle n’a pas changé, j’assume son imperfection comme point de départ à une progression que j’espère visible dans mes récits suivants – et sur certains commentaires que faisaient les personnages, soit dans la narration, soit dans les dialogues.

J’ai ainsi ré-écrit quelques passages où mes personnages avaient des propos sexistes. Pas violemment, ceux qui ont lu La Troupe seront d’accord que ce n’est pas un brûlot machiste, mais il y avait des réflexions, des a priori, des blagues, qui illustrent bien le caractère insidieux et ancré dans notre société, dans nos réflexes, du sexisme “ordinaire”. Des a priori idiots, où le caractère d’une femme est associé à sa corpulence, à ses vêtements, des remarques désarmantes et dénigrantes quand un personnage affirme son féminisme – remarques qui la tournent en ridicule en conséquence.

Rien de bien méchant, mais tout de même, ça me gênait aux entournures. Il restera sans doute des défauts à ce roman, et pour l’instant, je n’y reviendrai pas : il faudra qu’un éditeur m’y pousse – et je le ferai alors volontiers. Certains choix des personnages feront tiquer certaines personnes de mon lectorat : je les assume en tant qu’auteur. Je peux défendre les choix que j’ai fait prendre à mes personnages. Je reconnais bien volontiers que si j’avais à me prêter à cet exercice de justification, c’est que le choix ne serait pas assez clairement expliqué dans le récit lui-même, mais encore une fois, je comprends cela dans les imperfections de ce premier roman. En revanche, que ce roman soit encore imprégné de quelques réflexions de sexisme ordinaire me dérangeait vraiment. J’ai donc procédé à une légère ré-écriture des passages incriminés, pour qu’ils correspondent plus à la société que je voudrais pour mes enfants, mes amies, pour moi. C’est dérisoire, peut-être, mais “voila ma part”, ou plus encore : “voila une autre expression de ma part”.

J’entends des voix s’élever encore sur l’inutilité de la réforme de la langue française concernant le sexisme qu’elle intègre dans ses règles, que les décisions de l’écriture inclusive (qui ne se résume pas au point médian) sont arbitraires. J’ai toujours envie de rappeler à ces personnes qu’il existe de nombreuses manières de rédiger un texte pour qu’il soit inclusif (je m’y essaye dans cet article, et je ne crois pas vous avoir encore perdu ou choqué par des innovations linguistiques, n’est-ce pas ?). J’ai toujours envie de rappeler que la décision de l’Académie Française, alors non-mixte, au XVIIe siècle de supprimer certains noms de métier féminin, dont autrice, était elle aussi une décision arbitraire… si par arbitraire, on entend “unilatérale”. Si on parle de son côté irréfléchie, supprimer “autrice” constituait au contraire un acte politique et social fort. Si l’Académie s’est permis des suppressions à cette époque, pourquoi se refuse-t-elle un pouvoir d’innovation aujourd’hui ?

Si enfin vous faites partie de ceux qui minimisent la portée machiste de la langue française actuelle, je vous renvoie à cette vidéo de Catherine Arditi pour l’Obs. Attention, elle y dit des gros mots.

Alors non, je ne créerai pas de monde caricatural où les méchants sont les seuls à fumer et à être sexistes. Pourtant, j’estime, sans originalité, que la langue nous permet de véhiculer des idées, et j’espère que mes livres, tout divertissants qu’ils soient, véhiculent les miennes.

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2 Commentaires

  1. MJM

    Il était possible aussi de laisser les choses en l’état pour illustrer l’imprégnation “ordinaire” alors qu’on n’a pas grandi dans un milieu sexiste et qu’on n’a pas adopté, adulte, le comportement macho.
    C’est une spontanéité révélatrice.

    Répondre
    1. Frédéric MeurinFrédéric Meurin (Auteur de l'article)

      C’était aussi une option. Les précédentes éditions, collector (!), permettront de comparer et montreront en effet ce sexisme inconscient et involontaire.

      Répondre

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