C’est le nouveau concept à la mode. Qu’il concerne la télé, la lecture ou la radio, tout devient de “rattrapage”.

Toutes les grandes radios s’y sont mises et l’offre est pléthorique. Vous pouvez ainsi, à peu de choses près, reconstituer une semaine d’antenne de Radio France en la récupérant à travers ses podcasts (les deux seules exceptions sont bien sûr France Musique et Le Mouv’, qui ne proposent pas de récupérer leur programmation purement musicale, droits d’auteur oblige). C’est très pratique quand une émission passe alors que vous êtes au boulot ou dans un endroit où vous ne pouvez capter la fréquence de votre station favorite. Internet ne s’embarrasse pas d’antennes-relais (enfin, les pinailleurs diront que si, mais ce ne sont pas les mêmes).
Et puis la télé s’y est mise : Free, en France, a proposé à travers sa Freebox l’option du Time Shifting. En bon français : la possibilité de mettre en pause le programme que vous regardez, histoire d’aller aux toilettes, de finir de débarrasser la table avant que le match commence ou d’aller vous chercher des pop-corn. Les plus malins ont rapidement compris que cela permettait surtout de zapper les pubs, pour peu qu’on commence à regarder le programme avec une heure de retard… Notons au passage que Freebox et autres boîtiers fournis par les opérateurs ont rapidement réinventés le magnétoscope, qui était un peu tombé en désuétude avec l’avènement du DVD.
Les chaînes ont ensuite proposé leur service de rediffusion à la demande. Mais comme “rediffusion à la demande”, ça sonne tout pourri, ils ont puisé dans la novlangue une belle petite expression : “Télévision de rattrapage”. Le mot était lancé. Vous avez raté votre épisode de votre série préférée ? Vous avez sept jours pour le revoir sur le service de la chaîne, que ce soit par Internet ou par votre bobox. C’est là aussi très pratique : même les étourdis qui oublient de programmer leur magnétoscope numérique se voient offrir une seconde chance. Et les vernis de l’enregistrement foiré (quoi Julie Lescaut ? Mais je voulais Castle, moi !) peuvent enfin passer des nuits tranquilles.

Je me suis rendu compte, lors de ces séances de tests – où j’en profite quand même pour lire des choses qui m’intéressent, sur les diverses plateformes – de ce que voulait dire “rattrapage”. De ce qu’impliquait ce terme. On ne rattrape que le retard, au final. Et si on est en retard, c’est soit qu’on avance trop lentement, soit quelque chose va trop vite. Je ne partirai pas dans le débat du “trop d’infos, internet va trop vite, et leurs spoutniks ma bonne Lucette… Je constate simplement que tous ces outils, aussi pratiques soient-ils, vont imposer à leurs utilisateurs une chose essentielle : le discernement. Le discernement qui fait dire à mon père : “si on ne le lit pas tout de suite, c’est que ça n’est peut-être pas si intéressant que ça”. Autant dire que nombre d’entre nous en manqueront.
Toute cette technologie, tous ces outils, ne nous permettront pas de voir plus : on n’a pas encore inventé la machine à remonter le temps et, du moins en ce qui me concerne, je deviens vite irascible quand je dors trop souvent moins de six heures par nuit. On peut juste espérer que cela nous permette de voir mieux. En attendant, l’exhaustivité reste un leurre et il devient plus que jamais essentiel d’être sélectif.