Pedro-Bob

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Vous me permettrez d’emprunter ici le style et les thèmes du Cochon dingue, pour vous narrer la très édifiante histoire de mon collègue Pedro-Bob.

De toutes façons, je vois pas pourquoi je me gênerais, vu qu’elle plagie allègrement mes propres billets…

Il était une fois une petite entreprise d’informatique, appelons-la CodeBox.

CodeBox faisait partie du flot innombrables d’entreprises pas côtées en bourse, qui se battent pour simplement continuer d’exister, créer de l’emploi une fois par an et faire tourner l’économie à coups de bons points.

Il advint un jour que Luc, l’évangeliste codeur, fut débordé par tout le travail qu’on lui demandait :

_ Luc, tu pourrais me corriger un bug, on a le client Big Money Maker qui nous relance.

_ Aucun problème. Je le planifie dans le premier créneau que j’ai, ça te va ?

_ Euh… Oui. Pour info, il est quand, ce premier créneau disponible ?

_ Décembre 2014. Le 31.

_ Ah.

Décision fut prise de décharger Luc dans sa programmation de l’évangile que je m’efforçais de répandre par delà le monde, en engageant quelqu’un pour réaliser les maquettes et autres mises en pages que CodeBox devait livrer à ses clients. Grande fut l’effervescence parmi les rangs de CodeBox, car il est de notoriété publique que le graphisme est un domaine éminemment féminin. Nous voyons passer les CVs – car notre entreprise est également une communauté dans laquelle chacun contribue au bonheur collectif et à la prospérité générale.

Mélanie, Génifer, Léha et Soliane, ces prénoms nous faisaient miroiter un peu de finesse dans notre monde de M&M’s assaisonnés aux Doritos Coca.

Ce fut Pedro-Bob qui fut retenu.

Pedro-Bob est à peu près aussi féminin qu’un camion transcontinental américain. C’est un grand black d’un mètre quatre-vingt-quinze, avec de grandes rastas, un bonnet vissé sur le crâne et maintenu en position par un casque constitué de deux baffles et d’un arceau haute pression. Evidemment, comme tous les individus excessivement impressionnants, il est doux comme un agneau qui vient de naître et qui est repu du lait de mère (car autrement l’agneau qui vient de naître peut être vachement vindicatif). Cette douceur et cette tranquillité ne gomment hélas ni son apparence ni sa couleur de peau, et il se fait souvent contrôler par la maréchaussée, sait-on jamais qu’il planque dans son baggy un cadavre d’enfant. Mais je m’égare.

Pedro-Bob est un personnage. Il a ses répliques cultes. Ou ses phrases préprogrammées, déclenchables par un signal bien défini.

Faites-lui un compliment sur un détail graphique particulièrement réussi, il vous expliquera que “ça, on est trois dans le monde à pouvoir le faire : mon maître, mon pire ennemi dans { glisser ici un Etat américain1 } et moi.”

Faites sonner un téléphone, il dira la seule phrase qu’il connait en allemand : “Das telefon Klinguet” (orthographe germanique incertaine).

Saluez l’assistance d’un “Messieurs”, il vous répondra “Mademoiselle”. Exclusivement si vous êtes un homme, vous l’aurez compris.

Faites-lui remarquer qu’il dort, il vous expliquera que : “je ne dors pas, je repose mes yeux”.

Eternuez, il fera le même bruit de succion dégueulasse et gluant d’un truc qui se colle.

Jetez-lui une boulette de papier, il cesse de ronfler.

Pedro-Bob parvient toujours à livrer le client à temps. Ce qui relève de l’exploit, quand on sait qu’il tient sa souris à l’envers – personne n’a compris comment il était lateralisé.

Pedro-Bob fait partie de cette caste mystérieuse et pleine de secrets : les graphistes. A moins que ce ne soit une sorte de cyborg aux batteries usées et aux pistes mémoires écrasées par Photoshop CSX 9. Le mystère demeure.

1 : L’Etat américain cité ne doit jamais être le même : son ennemi semble beaucoup voyager. Ou alors c’est Hillary Clinton, actuellement en campagne, ceci expliquerait alors cela.

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