Le mot détesté – 31 défis d’écriture, jour 2

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Jour 2 sur 31 de mon défi d’écriture : aujourd’hui, le mot détesté. Choisissez un mot désignant quelque chose que vous ne supportez pas. Écrivez le plus rapidement possible un texte dans lequel vous employez ce mot presque à chaque ligne.

Mardi. Même dans les chansons, le mardi est honni. Passé à la trappe, le mardi. Pas encore assez oublié, le mardi, pourtant à l’ombre du lundi de sinistre réputation. En tant que lendemain, mardi n’a rien pourtant rien à envier à sa veille, à ce retour au travail détesté. Rien à lui envier et rien de mieux non plus. Mardi ne vaut pas rien. Mardi, tout juste deux sur cinq, même pas la moyenne. Mardi fait croire aux écoliers que son lendemain chantera, apportera un semblant d’espoir, un répit, mais redevient une damnation pour les collégiens. La quille tarde encore trop à venir le mardi. Mardi, le jour de Mars, une invitation à guerroyer, à tout révolutionner, à envoyer valdinguer le calendrier et réclamer la semaine de quatre jeudis, le revenu de base et le jour du seigneur sept fois par semaine, même pour les agnostiques et les athées. Tout pour que le mardi disparaisse, avec ces souvenirs d’enfance abhorrés.

— As-tu révisé tes leçons de pianos ? Ce soir tu as cours, tu te souviens ?

Bien sûr qu’on se souvient. Mardi, ce n’est pas dur à oublier, on connaît ses jours de semaine depuis la maternelle, quand même. Alors mardi brille comme un phare abyssal devant les écueils qui nous y attendent, lueur sardonique qui illumine la semaine et nous traque. Car depuis le mardi soir, on n’a pas osé y toucher, à ce piano, parce que la moindre note qu’on en a sorti le mardi devant la prof atterrée sonne plus affreuse que celle d’un violon manipulé avec des gants de boxe. Alors depuis ce mardi soir honteux, on a repoussé l’heure de s’y mettre, toujours, espérant que la maison soit vide pour que personne n’entende le désastre. La demeure est rarement laissée au seul enfant : qui laisse un gamin d’à peine dix ans sans surveillance à la maison bien longtemps ? Et quand les parents s’absentent en coup de vent pour une quelconque commission, le gamin préfère jouer, bien sûr, mais de son instrument. À force de repousser, mardi revient et les soupirs gênés avec. On promet de faire mieux mardi prochain, oui, de travailler d’ici là, oui, oui. Mardi prochain…

Mardi pointé sur un semainier

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