Langage cuit – 31 défis d’écriture, jour 15

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Encore une invention de langage pour ce 15e épisode de mon défi d’écriture. Aujourd’hui, nous prenons un mot composé, en changeons un des termes par son antonyme et composons un texte autour.

Cette particularité de notre planète, si elle rend possible l’alternance des saisons dans les zones au-delà des tropiques, et dans une moindre mesure en-deçà, provoque au-delà des cercles polaires des problèmes bien plus complexes. Il n’est plus question d’alternance de saisons, même si une véritable différence de température peut être observée entre périodes chaudes et froides. A cela une raison toute simple : l’absence de nuit.

Igloo éclairé de l'intérieur Si par le passé, la nuit plus ou moins longue qui se produisait en Alaska, au Groenland et sur la banquise arctique, entre autres, se résolvait par des lampes alimentées en huile de graisse de phoque ou d’ours polaire, le jour “éternel” posait des problèmes autrement plus insolubles. Comment dormir quand l’obscurité n’existe pas ? La banquise n’est pas connue pour ses zones d’ombre et les igloos, s’ils isolent avec efficacité du froid en offrant un espace clos qui contiendra la chaleur, partagent avec leur matériau principal une opacité toute relative. La blancheur de la neige, si elle reflète une bonne part de la lumière, en laisse également traverser une proportion non-négligeable, rendant le sommeil compliqué.

Les inuits ont donc inventé un dispositif ingénieux, le plus souvent conçu en peau de rêne, tendue sur un cadre d’os assemblés en forme de cône fermé à sa pointe. Le mot précis en inuit est compliqué à retranscrire en français, mais sa traduction littérale la plus adaptée est celle d’abat-nuit. Le cône de l’abat-nuit se place au-dessus du dormeur pour lui fournir une zone d’obscurité plus dense qui favorisera l’endormissement. Bien sûr, l’outil ne fait pas tout et le vrai trésor réside davantage dans l’art du propriétaire à disposer convenablement l’abat-nuit dans l’igloo. Judicieusement placé pour occulter le plus longtemps possible la course du soleil, l’appareil, tout rudimentaire qu’il soit, fournira durant la plus grande partie du sommeil un surcroît d’ombre au dormeur.

Des études récentes ont prouvé que le gain fourni par l’abat-nuit est avant tout d’ordre psychologique, l’ombre gagnée et le rituel de disposition avant le coucher facilitant la mise en condition du dormeur à l’état de repos – même s’il a été noté des épisodes d’une rare violence quand un abat-nuit en fin de vie commence à se déliter, les ficelles en boyaux de rênes se dénouant et l’ensemble perdant toute tenue.

L’abat-nuit sombre petit à petit dans l’oubli et la tradition, revêtant plus de fonctions folkloriques et touristiques qu’une vraie utilité. Il a en effet été remplacé petit à petit dans les communautés inuit par des masques frappés du logo American Airways depuis que s’est échoué à 200 km au nord d’Anchorage un container rempli de plusieurs millions de ces accessoires de vol long courrier.

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